Le programme Artemis de la NASA, qui vise une présence humaine durable sur la Lune d’ici 2030, se heurte à un obstacle juridique important. Alors que la prochaine mission Artemis II enverra des astronautes autour de la Lune, l’objectif à long terme d’établir une base lunaire soulève la question de savoir si l’extraction des ressources viole le droit international.
Le problème central : propriété ou utilisation
Le programme Artemis ne consiste pas seulement à revisiter la Lune ; il s’agit de rester là-bas. Contrairement aux missions Apollo, qui consistaient en de brèves visites, la NASA envisage des astronautes vivant sur la surface lunaire pendant de longues périodes. Cela nécessite d’exploiter les ressources lunaires – glace d’eau, hélium-3, éléments des terres rares – plutôt que de tout transporter depuis la Terre. L’agence a même qualifié cela de « ruée vers l’or lunaire », mais cette approche entre en conflit avec le droit spatial international établi.
Le Traité sur l’espace extra-atmosphérique de 1967, qui reste la pierre angulaire du droit spatial, interdit explicitement aux nations de revendiquer leur souveraineté sur les corps célestes. Le principe de non-appropriation du traité signifie qu’aucun pays ne peut posséder la Lune. Cependant, la légalité de l’extraction des ressources reste ambiguë. Les États-Unis soutiennent que l’extraction de ressources ne constitue pas une appropriation, une position contestée par de nombreux juristes internationaux de l’espace.
Les accords Artémis : une manœuvre stratégique
Pour surmonter cette zone grise juridique, les États-Unis ont introduit les accords Artemis, un accord non contraignant signé par plus de 60 pays. Même si de nombreuses dispositions sont raisonnables – partage de données, protocoles de sécurité, utilisation pacifique de l’espace – les Accords autorisent également l’extraction de ressources, arguant que cela ne viole pas la non-appropriation. Ils autorisent même des « zones de sécurité » autour des activités lunaires où les autres nations ne peuvent pas intervenir.
En effet, les Accords n’accordent pas la propriété mais établissent un accès prioritaire. Le premier à extraire des ressources dans une zone spécifique obtient des droits exclusifs, ce qui établit des parallèles avec les accaparements de terres historiques. Les États-Unis ont stratégiquement intégré les accords dans le programme Artemis, faisant pression sur les pays partenaires pour qu’ils les signent s’ils souhaitaient y participer.
La rivalité géopolitique alimente la course
Le véritable moteur du programme Artemis n’est pas purement scientifique ; c’est la domination géopolitique. La Chine, non signataire des Accords, développe son propre programme lunaire avec la Russie, la Station internationale de recherche lunaire, et est susceptible de faire atterrir des astronautes avant les États-Unis. La compétition n’est pas seulement une question de prestige mais aussi de contrôle des ressources lunaires, y compris les orbites cislunaires, les emplacements stratégiques et les matériaux vitaux comme la glace d’eau.
Les justifications de la NASA concernant Artemis sont circulaires : nous avons besoin d’un accès à la glace, nous devons donc établir une base pour sécuriser cet accès. Même si les bénéfices scientifiques existent – compréhension du système solaire, construction de télescopes lunaires – ils sont éclipsés par les réalités politiques. Comme le dit sans détour Cassandra Steer, experte en droit spatial, les États-Unis tentent de réécrire le Traité sur l’espace extra-atmosphérique par le biais d’un consensus et non d’une réforme juridique.
Essentiellement, le programme Artemis n’est pas seulement une entreprise scientifique ; c’est un autre front dans la lutte pour le pouvoir mondiale. La course vers la Lune est motivée par les mêmes forces qui ont façonné les conflits tout au long de l’histoire : le contrôle des ressources, l’avantage stratégique et l’affirmation de la domination nationale.


















