Les premiers signaux suggèrent un lien potentiel entre le médicament amaigrissant populaire Wegovy et une maladie rare connue sous le nom de neuropathie optique ischémique (ION), souvent appelée « accident vasculaire cérébral ». Cependant, les experts médicaux soulignent que ce risque reste extrêmement faible et ne dépasse pas actuellement les bénéfices prouvés du médicament pour la gestion du poids.
Bien que le lien de causalité ne soit pas encore confirmé, les résultats ont incité les organismes de réglementation à conseiller aux patients de consulter immédiatement un médecin s’ils subissent une perte soudaine de vision.
Le signal émergent
L’inquiétude découle d’une étude publiée en mars dans le British Journal of Ophthalmology. Les chercheurs ont analysé les rapports sur les effets secondaires soumis à la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis entre décembre 2017 et décembre 2024.
Les principales conclusions tirées des données comprennent :
* Total des rapports : Sur 31 774 rapports impliquant des médicaments à base de sémaglutide, seule une petite fraction concernait des problèmes oculaires.
* Wegovy contre Ozempic : Parmi 3 070 rapports pour Wegovy, 28 ont noté ION. Parmi 20 608 rapports pour Ozempic (le même ingrédient actif utilisé pour le diabète), 47 ont noté ION.
* Risque proportionnel : Après ajustement en fonction de la durée de commercialisation de chaque médicament, les auteurs de l’étude ont conclu que le risque proportionnel d’ION semblait plus élevé avec Wegovy qu’avec Ozempic.
Il est important de noter que Rybelsus, un autre médicament sémaglutide approuvé pour le diabète, n’a montré aucune association notable avec ION dans cet ensemble de données.
Comprendre la neuropathie optique ischémique
L’ION se produit lorsque le flux sanguin vers le nerf optique est interrompu, provoquant des dommages pouvant entraîner une perte de vision rapide et indolore. Cela peut affecter un ou les deux yeux.
“C’est une façon très soudaine et indolore de perdre la vue”, explique Barbara Pierscionek, vice-doyenne de la recherche et de l’innovation à l’université Anglia Ruskin. “Nous ne savons pas exactement comment cela se produit, mais il s’agit essentiellement d’un blocage des vaisseaux sanguins dans l’œil.”
Malgré la gravité de la maladie, c’est rare. Dans l’étude, l’ION est survenue chez moins de 1 % des patients ayant signalé des effets secondaires lors du traitement par Wegovy.
Pourquoi le contexte est important : corrélation vs causalité
Les experts mettent en garde contre l’interprétation de ces résultats comme une preuve définitive que Wegovy provoque des accidents vasculaires cérébraux. L’étude s’appuie sur les effets secondaires autodéclarés, qui sont utiles pour détecter les signaux d’alerte précoces, mais ne peuvent pas établir de causalité ni déterminer la véritable prévalence de la maladie.
Plusieurs facteurs compliquent l’analyse :
- Données non vérifiées : Les rapports n’ont pas été vérifiés de manière indépendante par des experts médicaux et manquent d’historiques détaillés des patients.
- Facteurs de risque préexistants : Des affections telles que l’hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires et le diabète sont des facteurs de risque connus d’ION. Étant donné que le sémaglutide est souvent prescrit aux patients présentant des problèmes métaboliques, il est possible que ces patients présentaient déjà un risque initial plus élevé d’ION, quel que soit le médicament.
- Différences de dosage : Wegovy contient généralement une dose de sémaglutide plus élevée qu’Ozempic. Bien qu’il soit biologiquement plausible qu’une dose plus élevée puisse augmenter le risque, cela reste à prouver. Comme le note le Dr Brian Woods de l’Université de Galway : « À ce stade, il existe une forte probabilité que les différences soient confondues par le risque de base et la dynamique métabolique plutôt que par la dose seule. »
Consensus et recommandations des experts
Malgré ce signal, la communauté médicale maintient que les bénéfices du sémaglutide continuent de dépasser les risques. Le Dr Amanda Adler, professeur à l’Université d’Oxford, affirme que le taux global d’ION est si faible qu’il ne justifie pas l’arrêt du traitement pour ceux qui en bénéficient.
Les organismes de réglementation adoptent une approche de précaution. L’Agence britannique de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA) a conseillé aux utilisateurs de sémaglutide de rechercher des soins médicaux d’urgence s’ils remarquent que leur vue se détériore rapidement.
Conclusion
Bien que les premières données mettent en évidence une association potentielle entre Wegovy et de rares accidents vasculaires cérébraux, les preuves sont préliminaires et le risque absolu reste minime. Les patients doivent rester vigilants face aux changements soudains de vision, mais ne doivent pas paniquer ; une surveillance continue et des recherches supplémentaires sont nécessaires pour bien comprendre la relation entre la posologie, les profils de santé des patients et cet effet secondaire rare.
















